Sorcière haïtienne et rites vaudous : une femme jugée en 2023 pour l'assassinat de son épouse – Marianne

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Le cadavre ne rentrait pas dans le coffre. La BMW s’est donc extirpée du sous-sol d’un immeuble parisien, ce 23 mars 2019, avec le corps encore chaud sur la banquette arrière. Après 45 minutes d’autoroutes et de départementales, les trois meurtriers ont sorti la dépouille et nettoyé ses ongles et ses dents au gel antibactérien. Et puis ils l’ont abandonné comme ça, au milieu d’un sous-bois à Villiers-Adam (Val-d’Oise), sous un amas de branches, de déchets et de palettes.
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La dépouille de Sylvia G. n’a été retrouvée par un ouvrier qu’un mois plus tard. Un mois trop tard ? Ouverte par le parquet de Pontoise, l’enquête pour « homicide volontaire » a bien été en peine d’établir qui l’avait tuée. Face au corps flétri de cette femme de 37 ans, les médecins légistes n’ont même pas pu dire de quoi elle était morte. Six mois plus tard, les gendarmes de Versailles (Yvelines) auront toutefois rassemblé assez d’éléments pour confondre trois suspects : Christy Daupin, la femme de la défunte, Sabrina Moreau, la maîtresse de Christy, et enfin Iven Webster, son meilleur ami. Face à des preuves jugées accablantes, ils ont tous les trois ont été renvoyés devant la cour d’assises de Paris pour « assassinat », selon l’ordonnance de mise en accusation de la juge d’instruction parisienne Saida Kelati, que Marianne a pu consulter. Des mois durant, ce trio a cherché à dissimuler son crime. Ce projet d’assassinat était né dans un mauvais cocktail de jalousie, d’esprit de vengeance et de croyances superstitieuses délirantes.
Séparées, en froid, se disputant sans cesse, Sylvia G., employée à Leroy Merlin, et Christy Daupin, machiniste à la RATP, faisaient chambre à part depuis des mois dans leur appartement à Paris. Elles s’étaient mariées fin 2014, un an après la promulgation de la loi Taubira élargissant le mariage aux couples homosexuels et lesbiens. Avec le temps, Sylvia ne supportait plus les crises de jalousie et la paranoïa de Christy. Suspectant une infidélité, celle-ci, âgée de 39 ans, était allée jusqu’à installer un logiciel espion sur son téléphone. Elle lui reprochait aussi de vouloir seule la garde de leurs enfants, Étienne* et Émilien*, des jumeaux, nés des suites d’une insémination artificielle à l’étranger en 2013. Christy voulait elle aussi exercer ses droits de mère. Mais Sylvia, la maman biologique, faisait traîner la procédure d’adoption.
Elle avait ses raisons. Certes, elle s’était amourachée d’Ambre, sa collègue aux beaux yeux verts du Leroy Merlin de Rueil-Malmaison. Elle découchait souvent. Mais l’état psychique de Christy l’alarmait aussi beaucoup. Sous l’influence de son meilleur ami « Hoodie » – Iven Webster de son vrai nom – la native de Pointe-à-Pitre, en Guadeloupe, partait totalement à la dérive. À ce cuisinier haïtien de 26 ans, parvenu en France peu avant l’âge adulte, Christy semblait prêter des pouvoirs surnaturels, comme celui de tuer une personne sans la toucher. Superstitieux lui aussi, Iven Webster a fini par la persuader que sa femme pratiquait la magie noire avec sa nouvelle amante, qu’elle voulait du mal aux enfants, voler leurs organes, mais aussi faire en sorte qu’elle perde son emploi à la RAPT. Il lui présente alors la seule solution qui vaille à ses problèmes : il faut « désenvoûter » sa bien-aimée. Pour ce faire, il sollicite une prêtresse vaudoue qui vit à Haïti et pratique des rites de sorcellerie. Son nom : Marlène Paul. Christy accepte.
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De ses multiples conversations en créole avec cette « sorcière », au téléphone, Christy ressort changée. Tout s’explique maintenant. L’éloignement de son épouse n’est pas naturel, mais la marque du « démon ». Ambre, l’amante, n’est pas une rencontre fortuite ; elle a ensorcelé Sylvia dans le but de récupérer la garde des enfants, forcément. Christy part dans une autre dimension. Elle dissémine dans l’appartement des petits papiers comportant des versets de la Bible. Dans ses SMS à ses proches amis, Sylvia est renommée « Babylone » ou « diablesse ». Et les menaces pleuvent : « Babylon needs to die » (« Babylone doit mourir »). Voilà qu’en pleine nuit, Christy se lève et, telle une somnambule, s’approche du canapé où dort Sylvia, pour la menacer de mort à haute voix. Sauf que Sylvia entend tout… Et à deux reprises, alors qu’elle veut rompre ou s’en aller, Christy la frappe. La future victime s’en confie à sa mère et à ses sœurs. Pourquoi n’a-t-elle pas cherché à s’enfuir à ce stade, l’enquête ne le dit pas. Mais qui pourrait croire qu’elle voulait toujours que son « ex » devienne légalement la mère des jumeaux ?
Sans surprise, le désenvoûtement à distance de la prêtresse haïtienne fonctionne assez mal : Sylvia reste dans les bras d’Ambre. Christy expliquera aux enquêteurs que ses « contacts haïtiens » auraient échafaudé un plan pour qu’ils la désenvoûtent eux-mêmes, à Paris. Règles vaudoues obligent, ce rite devait se dérouler « dans un endroit sombre » en « obstruant la vision » de la victime. Iven devait prier en créole. Christy, tenir la victime. Sabrina, son amante depuis mi-2018, participera aussi. Par amour pour Christy.
Le rituel devait avoir lieu le 23 mars 2019. Ce soir-là, peu après 22 h, Christy demande à Sylvia de descendre avec elle dans le garage souterrain de l’immeuble, au prétexte de l’aider à récupérer des sacs de courses dans le coffre de la voiture. Mais un piège l’attend au deuxième sous-sol : Sabrina Moreau et Iven Webster sont cachés dans un renfoncement, accroupis. Ils ont fait le plein de la voiture, enfilé des vêtements sombres. Dès son arrivée, ils se jettent sur Sylvia. Celle-ci se débat, mord, griffe. Ils la plaquent au sol. Christy lui enfonce un sac de courses Franprix sur la tête.
Face aux enquêteurs, leurs versions de ce qui se passe ensuite divergent un peu. Iven, pour sa part, raconte que Christy a frappé deux fois Sylvia tandis que lui la ceinturait. Sabrina, au contraire, dit qu’Iven la cogne plusieurs fois au ventre et qu’elle perd connaissance. Christy et Sabrina affirment toutes les deux qu’Iven s’acharne à coups de poing sur la victime, à califourchon sur elle, sur le sol du parking. Avant de tenter des choses avec ses mains : « Je ne sais pas si je dois qualifier ça d’étranglement ou de rite, témoigne Christy. On pouvait croire qu’il l’étouffait. » Sylvia ne serait pas morte tout de suite. Elle aurait ri. « On dirait qu’elle avait le démon en elle », observe Sabrina.
Est-ce que ce sont ces coups de poing qui l’ont tuée ? Le sac de courses ou les mains d’Iven Webster qui l’ont étouffée ? Autre chose encore ? Difficile de trancher. L’autopsie écarte l’hypothèse que les coups de poing à l’abdomen puissent avoir été mortels. Dans le même temps, le corps était si dégradé qu’il est impossible d’être certain qu’elle a suffoqué à mort. « Quand ça s’est fini, nous avons pris Sylvia et on l’a mis dans la voiture. Nous sommes partis pour [nous en] débarrasser… » poursuit Iven devant la juge d’instruction. Lui assure avoir été poussé à le faire par ses amies. Elles, à l’inverse, disent que c’était lui, le chef opérateur de cette « séance de désenvoûtement », qui aurait mal tourné.
Mais les faits sont plus terre à terre. Pour la juge d’instruction, « l’intention homicide » est « caractérisée » de même que la préméditation : tout converge dans le sens d’une préparation, le fait d’avoir rempli la voiture d’essence, le guet-apens tendu dans l’escalier, la dissimulation du corps… Courant 2020, lors d’une reconstitution, Sabrina Moreau finira par avouer : il n’était pas juste question de la désenvoûter, mais bien de la tuer. Les fadettes des téléphones ont été parlantes. Dans une conversation interceptée entre Xavier, frère de la principale suspecte, et un interlocuteur, celui-ci assure que sa sœur Christy voulait bel et bien tuer Sylvia en recourant à la sorcellerie : « Sa femme la trompait, elle avait envie de faire de la sorcellerie pour [la] tuer », déclare-t-il. Quant à Iven Webster, il reste, selon les enquêteurs, dans une logique de « culpabilisation » : « Bien qu’il exprime de la tristesse et des regrets, il cherche tout de même à justifier le passage à l’acte par le comportement violent de [Sylvia] l’égard de son amie », conclut la juge.
Alors certes, devant les enquêteurs, tous se défaussent un peu sur cette mystérieuse sorcière haïtienne. Ce serait elle la commanditaire. Ce serait sur ses indications qu’ils auraient eu l’idée de l’espionner, de la désenvoûter, de la tuer, de cacher le corps en forêt. D’autres éléments, plus sonnants et trébuchants, accréditent l’idée que cette Marlène Paul a bel et bien exercé une réelle influence : dans les mois suivant le crime, ils envoient tous les trois de coquettes sommes en Haïti, apparemment au fils de la prêtresse : Christy transfère 1 300 euros, Iven le même montant, et Sabrina déboursera elle près de 3 800 euros. « Je me rends compte qu’on s’est fait monter la tête tous les trois » avouera Sabrina, en parlant de la prêtresse.
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Mais si sorcière haïtienne il y a, elle ne s’assiéra pas sur le banc des accusés : toutes les investigations en Haïti se sont révélées impossibles. Le ministère de la Justice entretient des relations exécrables avec son homologue de l’État caribéen. Il n’y a pas de contact opérationnel sur place. « La coopération judiciaire est particulièrement compliquée avec ce pays où l’État de droit est en voie d’effondrement », soupire maître Maxime Cessieux, un des avocats de la famille de la défunte. « Cela crevait pourtant les yeux que cette prêtresse vaudoue est la véritable instigatrice du meurtre » fulmine de son côté un avocat de la défense. Ce dernier regrette aussi qu’aucun ethnopsychiatre n’ait été dépêché pour tenter de mettre au jour l’influence spirituelle, ou opérationnelle, de l’Haïtienne sur cet acte criminel. Cette « sorcière » a-t-elle été un pousse-au-crime ? Ou bien n’est-elle qu’une excuse fournie par des protagonistes pour un crime qu’ils étaient de toute façon prêts à commettre ? Réponses, peut-être, à la cour d’assises de Paris, à partir du 28 mars 2023.
* Les prénoms ont été changés.
Par
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