Justice. Procès des supporters de l'ASSE : le jugement mis en délibéré au 23 novembre – Le Progrès

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Ce mercredi, dès 9 heures, onze supporters ont expliqué, à la barre du tribunal de Saint-Etienne, leurs rôles dans les dégradations et violences commises à Geoffroy-Guichard, le 29 mai 2022, lors de la dernière journée de championnat et la relégation de l’ASSE en Ligue 2.
Olivier Martin, l’avocat du club de l’ASSE ; Franck Olivier Lachaud, avocat de deux prévenus, et maître Verilhac, avocat de cinq prévenus. Photo Progrès/Philippe VACHER
Le 29 mai, à l’issue du match de barrage soldé par la défaite aux tirs aux buts de l’ASSE contre Auxerre, le terrain avait été envahi, des échauffourées avaient éclaté, les bancs du staff avaient été incendiés et du gaz lacrymogène avait été tiré. Photo Progrès/Rémy PERRIN
Les forces de l’ordre devant le palais de justice de Saint-Etienne. Photo Progrès/Philippe VACHER
Les supporters arrivent au tribunal. Photo Progrès/Philippe VACHER
Revivez cette journée de procès des onze supporters de l’ASSE à la suite des dégradations et violences commises le 29 mai 2022 à Geoffroy-Guichard.
Le jugement a été mis en délibéré au 23 novembre.
Franck-Olivier Lachaud est le dernier avocat de la défense à prendre la parole. « Tous les prévenus présents aujourd’hui ont l’amour de l’ASSE. Ce soir-là, tout s’écroule pour eux. Ça n’excuse pas mais ils ont une énorme déception. »
« Il n’y a pas de volonté de faire mal pour ces supporters. C’est disproportionné mais il y a la volonté de faire passer un message. Ils sont extrêmement déçus par les résultats et la gestion de ce club », détaille l’avocat de la défense.
Me Solange Viallard-Valezy, qui défend quatre des onze supporters de l’ASSE, s’interroge sur le choix des personnes qui ont été choisies pour être poursuivies. « Ceux qui sont à l’origine de l’introduction des fumigènes ne sont pas présents aujourd’hui. »
De son côté, Laure Salomon, avocate de la défense, « il y avait des centaines de personnes ce soir-là et on n’en juge qu’une poignée aujourd’hui, qui n’est pas représentative ». Elle demande un peine « juste et indulgente ».
« Dans ce dossier, le caractère organisé de l’envahissement de la pelouse n’est pas caractérisé », assène Me Verilhac, l’avocat de plusieurs prévenus.
Pour l’avocat, l’effet de groupe a joué dans le déroulement des incidents. « Oui, il y a des énergies négatives dans ces groupes mais il y a aussi des énergies positives. » Me Verilhac rappelle les actions des associations de supporters avec Emmaüs notamment.
Pour Me Verilhac, « il y a eu des cas beaucoup plus graves lors de la soirée du 29 mai 2022 que ceux qui sont jugés aujourd’hui ». L’avocat de la défense demande un « jugement serein et non politique ».
La parole est aux avocats de la défense.
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Jusqu’à huit mois de prison ferme requis par le procureur
Le substitut du procureur requiert des peines allant de quatre mois de prison avec sursis avec une interdiction de stade pendant deux ans jusqu’à huit mois de prison ferme (détention à domicile sous bracelet électronique) avec cinq ans d’interdiction de stade. 
De son côté, le substitut du procureur de la République parle de « haine collective » pour qualifier les incidents du 29 mai 2022.
« Cette marée humaine n’était pas très spontanée. On n’est pas dans un excès de passion. On est dans un acte préparé. »

Pour le ministère public, les violences à l’extérieur du stade « n’ont plus rien à voir avec de la frustration sportive. On n’est pas dans un coup de folie. Ce sont des actes de casseurs, de délinquants. »
 Après l’avocat de l’ASSE, c’est au tour de celui de la Ligue professionnel de football de s’exprimer. « L’image que le football professionnel français renvoie, c’est que nous ne sommes plus en sécurité dans un stade. La LFP ne le veut pas », déclare Benjamin Peyrelevade. « Je pense aussi à l’image de la Ville de Saint-Étienne qui pâtit de ce genre d’incidents. »
À l’issue de sa plaidoirie, l’avocat de la LFP a demandé un euro symbolique au vu des préjudices subis. 
C’est au tour d’Olivier Martin, avocat de l’ASSE, de prendre la parole. « Les vidéos diffusées ce matin replacent l’église au milieu du village. Quand on voit les CRS faire face, c’est une véritable guerre insurrectionnelle. »
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Olivier Martin est aussi revenu sur la passion des prévenus pour le club. « J’ai entendu la passion de ces supporters depuis ce matin et pour l’ASSE, c’est difficile de se retrouver face à des personnes comme elles au tribunal. Dire que l’histoire de l’ASSE s’est construite avec les supporters, c’est vrai. Mais on ne peut pas dire que le club appartient à ses supporters. Or, c’est le cheminement intellectuel des prévenus. »
Les onze prévenus ont été entendus et une similitude ressort clairement. La plupart des supporters jugés ce mercredi 16 novembre font part du fait que le stade change leur façon d’être.
« Je ne suis pas violent, je ne fais pas de bruit en dehors du stade, assure le onzième prévenu. J’ai fait des choses que je regrette. » 
« Pourquoi vous lancez des projectiles sur les CRS Monsieur ? Vous n’étiez pas content qu’ils protègent la tribune présidentielle ? » « Si, si… Je n’ai rien contre les forces de l’ordre. »
« C’est honteux ce qu’il s’est passé, poursuit le supporter de l’ASSE. Ça aurait pu être grave. » La présidente tique. « J’ai rappelé les préjudices financiers de cette soirée (plus de 500 000 euros). Les conséquences sont graves, non ? » Le prévenu reste muet.
Le prévenu est interrogé sur un SMS qu’il a envoyé à un ami via l’application Telegram, le 7 juin 2022. La présidente du tribunal dévoile son contenu : « On ramasse sa mère sur les réseaux. J’ai tout sorti de la pièce. » « Qu’est-ce que ça veut dire Monsieur ? »
Le prévenu répond : « Je savais qu’il y aurait des représailles donc je me suis débarrassé de la cagoule et des gants. »
Le neuvième prévenu explique s’être « retrouvé au milieu » des incidents. « Je n’ai pas compris ce qu’il se passait. J’avais bu cinq-six bières, je n’étais pas dans mon état normal car je ne bois jamais. J’étais mal à cause de ma séparation, je regrette. »
C’est au tour du huitième prévenu de se présenter à la barre.
Avant la suspension d’audience, la présidente a écouté le septième prévenu. « Où avez-vous trouvé le projectile que vous avez jeté sur les tribunes ? » « Au sol », lui a répondu le prévenu. La présidente laisse apparaître un rictus. « C’est drôle, il n’y a pas que le gazon qui pousse à Geoffroy-Guichard, il y a aussi des fumigènes. »
Pour le septième prévenu, c’est « le recul » qui lui a permis de se « rendre compte de la gravité de ses actes ».
Il est jugé pour invasion de la pelouse, détention et jets de projectile. « Sur le moment, c’est allé très vite. Mais on aurait pu éviter tout ça. »
Un SMS qui explique comment se comporter en garde à vue
La présidente a fait diffuser un SMS envoyé au cinquième prévenu. Il s’agit d’un message dans lequel on conseille notamment aux supporters de posséder une pochette avec tous les documents « prouvant que vous êtes insérés socialement ».
Dans une seconde partie, le SMS détaille comment se comporter en garde à vue. « Vous avez le droit de garder le silence (…). Ne parlez qu’en présence de votre avocat. »
Le message se termine par : « Fait tourner à tes contacts du groupe. » La présidente du tribunal demande : « C’est un message qui a été diffusé à tous les Magic Fans ? » « Je ne sais pas du tout », s’est contenté de répondre le prévenu.
Le look est impeccable. Barbe taillée, chemise repassée, lunettes sur le nez, le cinquième prévenu à se présenter à la barre présente bien. Il s’exprime calmement et de manière claire.
Le supporter est chef d’entreprise et père d’un garçon de 3 ans. Il reconnaît avoir jeté un fumigène en direction d’une tribune. « C’est un acte regrettable. Je ne voulais pas blesser quelqu’un. J’étais énervé. »
« Très énervé ? », demande la présidente, Stéphanie Perrin. « Énervé », répond le prévenu. « On n’a pas envie de vous voir très énervé alors… », conclut-elle.
Le supporter gère six salariés dans son entreprise. « Ce que j’ai fait le 29 mai, ce n’est pas du tout l’homme que je suis. »
Il reconnaît également s’être « débarrassé » de la cagoule qu’il portait le soir des incidents. « Je savais que mes actes étaient graves donc je m’en suis séparé. » La présidente réagit : « Sûrement parce que vous saviez qu’il y avait un risque qu’on vous retrouve… »
Échanges surréalistes dans la salle d’audience. Le quatrième prévenu à se présenter est jugé pour jets de projectile et invasion de la pelouse. Il est pompier professionnel et occupe le poste de président des Magic Fans depuis 2018.
La présidente, Stéphanie Perrin, fait diffuser des vidéos où on le voit se dissimuler sous un drapeau, dans le Kop. « Qu’est-ce que vous faites sous ce drapeau ? Un besoin d’intimité ? » « Je ne sais pas », répond le prévenu.
« Vous ne jouez pas à cache-cache quand même ? », renchérit la présidente. « Non, j’avais peur de la descente en Ligue 2. »
« Est-ce que l’image que vous renvoyez pour le club est bonne ? », demande l’un des assesseurs. « Non, répond le prévenu. Comme les autres supporters, c’était un excès de passion, l’ASSE fait partie de notre vie. »
Le troisième supporter à se présenter devant les juges ce matin a la même ligne de défense que le précédent. Il supporte l’ASSE depuis qu’il est « tout petit ». « C’était un excès de passion, de colère. Je pensais vraiment qu’on allait se maintenir en Ligue 1. »
10h45 : le profil des supporters au cœur de l’audience
C’est un sujet qui est au cœur des débats depuis le début de ce procès. Le profil professionnel et social des prévenus suscite beaucoup de questions de la part de la présidente et de ses assesseurs.
Un autre prévenu s’avance à la barre. Il lui est reproché d’avoir introduit des fumigènes à l’intérieur du stade. Il n’a pas de casier judiciaire et est titulaire d’un master en droit public.
C’était un excès de passion
« Quel est votre salaire mensuel ? », demande la présidente. « 2 000 euros par mois », répond le supporter. Comme le précédent prévenu, il est largement inséré socialement et professionnellement.
La présidente et ses assesseurs demandent : « Mais pourquoi ? » « J’ai perdu la raison ce soir là. C’était un excès de passion bête de ma part, je le regrette. »
La présidente a rappelé les préjudices financiers de cette soirée : 80 000 euros pour Saint-Etienne Métropole. Les prévenus ne sont pas poursuivis pour ces faits mais le préjudice des dégâts sur des panneaux publicitaires à l’intérieur du stade s’élèverait à 500 000 euros.
La présidente revient sur la situation professionnelle du premier prévenu : « Vous gagnez 2 500 euros par mois, vous êtes donc bien inséré ? » Le prévenu porte la main à son cou : « Oui, je le suis. »
La présidente fait diffuser des vidéos où l’on verrait le prévenu en train d’agresser des stadiers notamment. « On a eu mal à voir comment un bon père de famille peut arriver à ce genre de choses. »
Le premier des onze prévenus est entendu par la présidente du tribunal, Stéphanie Perrin. Face aux questions, le prévenu répond : « Quand le match s’est terminé, ça a vrillé dans ma tête. J’ai commis des actes répréhensibles. »
Il est reproché au prévenu d’avoir agressé des stadiers. « Jamais je ne referai ça de ma vie, je suis allé trop loin. »
« À quel moment est-ce qu’on comment des violences pareilles ? », demande la présidente. Pas de réponse. 
Le supporter reconnaît avoir déjà eu « des soucis » avec les forces de l’ordre dans le passé. « Je leur avais jeté des sièges. » Le prévenu a six mentions à son casier judiciaire. Il avait notamment été interdit d’entrer dans une enceinte sportive pendant un an. 
L’enquêteur précise que la qualité des vidéos des incidents ne permettaient pas toujours d’identifier formellement les auteurs. « Nous avons écarté ceux pour qui nous avions un doute. Nous n’avons enquêté que sur ceux que nous avons pu identifier clairement. »
Un des policiers chargé de l’enquête est entendu dans la salle d’audience. « On a constaté les dégâts et on a ramassé divers objets : fumigènes, drapeaux, sacs… Ces objets ont été analysés. Des ADN ont été retrouvés. »
« Trois de ces ADN étaient déjà inscrits au fichier dans le cadre d’affaires similaires, notamment en 2014 », poursuit l’enquêteur de la police.
Silence dans la salle au moment où la présidente fait diffuser les images des incidents du 29 mai 2022. Différents plans sont présentés, on entend les cris et le son des différents artifices utilisés.
Une vidéo inédite est présentée, c’est celle d’une caméra piéton d’un des CRS présent ce soir-là. À l’instant où l’AJ Auxerre marque le tir au but fatal à l’ASSE, la pelouse est envahie. Quelques secondes plus tard, des supporters déferlent sur les forces de l’ordre placées devant l’entrée des vestiaires. La vidéo montre comment les forces de l’ordre ont riposté avec des tirs de gaz lacrymogènes.   
Avec quelques minutes de retard sur l’horaire prévu, l’audience s’est ouverte au tribunal de Saint-Étienne.
La présidente, Stéphanie Perrin, énumère les faits qui sont reprochés aux onze prévenus. Ces supporters présents aujourd’hui ont entre 21 et 34 ans. Certains appartiennent aux groupes des Green Angels ou aux Magic Fans. 
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Retour sur les faits
Dimanche 29 mai 2022, l’ASSE dispute les barrages face à Auxerre. La soirée tourne au cauchemar après la relégation des Verts en Ligue 2. Les supporters envahissent le terrain du stade Geoffroy-Guichard.
L’enceinte sportive est copieusement dégradée : jets d’engins pyrotechniques vers la tribune des officiels, panneaux publicitaires à Led qui ont valdingué, quelques fauteuils baquets des bancs de touche calcinés et des individus qui ont joué les pickpockets…
Une vague d’interpellations de suspects a eu lieu lundi 19 septembre. Sur les 27 personnes interpellées, 11 étaient placées sous contrôle judiciaire et interdites de stade jusqu’au procès. Ces prévenus devront s’expliquer devant le tribunal, ce mercredi 16 novembre, lors d’un procès qui devrait durer toute la journée.
>> À lire aussi : Onze supporters de l’ASSE devant la justice : « Ce n’est pas une horde sauvage »

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