Eva Joly et sa fille Caroline, unies par leur passion pour la justice – ELLE France

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L’une est une figure de la lutte anti-corruption, ex-candidate écolo à la présidentielle et ex-députée européenne, l’autre est avocate du droit des affaires. Rencontre avec un duo mère-fille fusionnel uni par une passion commune pour la justice.
D’habitude, c’est « avocats père et fils » que l’on peut lire à l’entrée des cabinets de juristes. « Chez nous, c’est fille et mère », lancent en chœur les deux Joly. La première, Caroline, a 52 ans. La deuxième, Eva, approche des 79. Chacune a son bureau dans un immeuble en fond de cour, mais au 8, place Vendôme, en face du ministère de la Justice. Tout un symbole. « Pourtant ce n’est pas fait exprès », précisent-elles, toujours de concert. Leurs violons sont parfaitement accordés. « Tu te souviens quand on a perdu ce dossier ? C’était révoltant », dit par exemple la mère. « Attends, parlons plutôt de ceux qu’on a gagnés », fait aussitôt la fille. Dans leurs prunelles, du même bleu myosotis, tendresse et admiration mutuelles. Leur duo a de quoi laisser pantois tous ceux qui considèrent la famille comme un nœud de névroses dont il faut s’extirper au plus vite. Surtout quand le patriarche, en l’occurrence ici la « matriarche », a passé son existence sous les feux de la rampe.
Qui ne connaît pas Eva Joly ? La juge née en Norvège qui enquêta sur les plus grands scandales politico-financiers français, la candidate écolo à la présidentielle de 2012, la députée européenne pourfendeuse des fraudes XXL des multinationales et du cynisme de leurs actionnaires. Qui sait, en revanche, que depuis 2015 l’ancienne magistrate devenue avocate exerce auprès de sa fille, brillante et discrète spécialiste du droit des affaires ? En ce début novembre, elles nous reçoivent dans leurs bureaux baignés de lumière. « Fille et mère » donc, et non l’inverse puisque la senior a derrière elle seulement sept ans de barreau alors que la junior en cumule bientôt trente. Après avoir fait ses classes en jonglant avec les fusions-acquisitions tout en donnant naissance à trois enfants (Salomé, Romane et Annah), elle a fondé, avec sa meilleure amie, « Baro Alto ». « Baro comme barreau, détaille-t-elle, alto comme ténor au féminin. » C’est dans ce cabinet, à l’ombre de la colonne Vendôme, et fort d’une quinzaine de collaborateurs, que la quinquagénaire accueille la presque octogénaire. « Un cocon douillet », se réjouit l’invitée particulière. « Avec un service quatre étoiles, complète son hôtesse de fille. Ici, on travaille énormément mais jamais avec un couteau dans le dos. La bienveillance fait partie de notre ADN. » Et des tapis de gym attendent dans le placard pour d’éventuels cours de Pilates, le sport préféré de Joly senior ravie d’avoir trouvé un abri aussi serein : « Je peux même me laisser aller à la mauvaise humeur. Et puis j’ai une garantie de qualité pour mes prestations juridiques : Caroline ! » Car, poursuit humblement l’ancienne juge star du palais de justice de Paris, « il ne suffit pas d’avoir été magistrat pour être un bon avocat ». Joly junior acquiesce et rappelle à sa génitrice ses premiers pas au barreau : « Tu me disais : mais c’est évident, le tribunal va nous donner raison. Et moi je te répondais : tu vas voir quand tu devras plaider devant Mme ou M. Tartanpion. »
Beaucoup de mères ou de pères se sentiraient renvoyés au rayon des accessoires dans ce genre de situation. Pas Eva Joly, l’autodidacte toujours avide d’apprendre. Venue en France comme jeune fille au pair, c’est à l’aube de la quarantaine qu’elle tenta et réussit, malgré la barrière de la langue, le concours de l’École de la magistrature. Auparavant, pour faire bouillir la marmite pendant que son mari terminait ses études de médecine, l’intrépide Gro (son prénom norvégien) avait été couturière, secrétaire dans la maison de disques d’Eddie Barclay ou conseillère juridique dans un hôpital psychiatrique. « Aujourd’hui, dit-elle, mon idéal c’est l’ex-procureur de New York Robert Morgenthau, je l’ai connu quand il avait déjà 80 ans. À 90, il a quitté la magistrature et a aussitôt vissé sa plaque d’avocat. » Elle, en plus du reste, est chercheuse dans une fac norvégienne, donne des conférences sur le « droit et l’environnement » (la dernière au sein de la prestigieuse université Yale), enchaîne les voyages à Oslo pour se démener auprès des victimes d’un gigantesque accident industriel vieux de quatre décennies, 123 morts sur une plateforme pétrolière en mer du Nord : « Pour ce dossier, j’ai un contrat longue durée qui court jusqu’à mes 82 ans. Vous voyez, l’avenir appartient aux vieux ! » Eva Joly ou le remède contre la mélancolie.                                      
« Ma mère, résume Caroline, a un regard éternellement jeune sur le monde. Elle croit tout le temps que tout peut être changé. » Et, dans ce domaine, c’est la plus âgée qui entraîne la plus jeune. Ainsi viennent-elles de remporter ensemble une victoire inédite : l’obligation faite à McDonald’s de régler une ardoise colossale de 1,25 milliard d’euros d’amende et d’arriérés d’impôt, le tout au bénéfice de l’État français. La bataille, initiée par des syndicalistes, et qui a duré sept ans, est des plus emblématiques : aux employés de McDo qui demandaient des augmentations de salaire, la direction répondait sans cesse que les comptes étaient dans le rouge, alors que les enseignes françaises du géant américain des fast-foods ne désemplissaient pas. En réalité, McDonald’s France utilisait un mécanisme pudiquement baptisé d’« optimisation » afin de diminuer, sur le papier, ses bénéfices et d’en soustraire une bonne partie au fisc, ont réussi à prouver les salariés devant la justice qui leur a donné raison. « Une décision historique, souligne Gilles Bompard de la CGT McDo. Nos deux avocates se sont engagées à fond pour l’obtenir. » Aujourd’hui, c’est contre une autre firme américaine, General Electric, qui se livre au même jeu d’écriture comptable dans son usine de Belfort, qu’elles repartent à l’attaque. « Leur binôme, s’enthousiasme le leader de la CGC sur place, Philippe Petitcolin, est formidablement complémentaire. » Et aussi à géométrie variable.         
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©Marie Rouge
Joly mère, qui entend continuer dans les prétoires la lutte contre l’évasion fiscale qu’elle a menée pendant ses deux mandatures (2009-2019) au Parlement européen, préfère les lanceurs d’alerte aux as de la finance : « J’ai le luxe de pouvoir choisir mes dossiers, j’évite de défendre les banques. » Pas Joly fille, qui explique ne pas avoir « les mêmes combats » mais des « valeurs identiques ». En particulier, celles d’une nouvelle « éthique des affaires » (avec en B.A-BA le paiement des impôts), qu’elle promeut avec sa mère. Un « pari risqué, du moins au début ». Car les clients que Caroline Joly cultive à Baro Alto évoluent pour la plupart dans les milieux économiques et beaucoup ont encore en mémoire les hauts faits de celle qui lui a donné le jour : Bernard Tapie arrêté au petit matin, le PDG d’Elf envoyé en prison comme n’importe quel malfrat, les potentats du pétrole africain mis sur la sellette. Dans ces années 1990, les patrons du CAC 40 s’étranglaient devant les audaces de « la juge de glace » qu’ils appelaient aussi, la misogynie étant à cette époque sans complexe, la « Viking en jupon », « l’hystérique du palais » ou « la boniche norvégienne ». Caroline avait 23 ans et sa mère était devenue une femme à abattre qui vivait sous protection policière, avec des gardes du corps jusque dans son salon. Chez les pénalistes désignés par ceux qu’elle poursuivait, c’était à peine mieux. Nombre d’entre eux la détestaient et lui ont conservé leur rancœur. En 2015, lors de sa demande d’inscription au barreau de Paris, le conseil de l’ordre l’a convoquée pour un grand oral. « Une procédure rarissime. Et vexatoire, se souvient Isabelle Prévost-Desprez, autre juge à fort tempérament et devant laquelle Me Eva Joly plaidera pour la première fois de sa vie. « C’est bien ma veine de tomber sur toi, je suis terrorisée », a soufflé l’avocate novice à sa copine Isabelle. On la croit en acier trempé, mais elle a, évidemment, ses failles.       
Caroline le sait : son enfance et sa jeunesse ont été bercées par des parents passionnés et généreux qui recueillaient tous les SDF du coin (« Ado, glisse-t-elle, je voulais être tout le contraire. Conformiste et dans la norme »). En 2001, son père, qui souffrait d’une grave dépression, s’est donné la mort. Elle a traversé ce drame « indicible » avec sa mère. Elle l’a vue aussi s’épuiser dans l’affaire Elf, quitter la France puis se reconstruire en Norvège ou en Islande, en conseillère gouvernementale anti-corruption. En 2012, elle l’a soutenue, tout autant que son frère aujourd’hui architecte, pendant la présidentielle.                
Les détracteurs d’« Eva la Rouge », un autre de ses surnoms, la traitaient d’étrangère, moquaient son accent scandinave et ses prédictions catastrophiques (et hélas prémonitoires) sur la crise climatique ou la captation des richesses. Autant dire qu’avec elle cela n’a jamais été de tout repos, et lorsque Caroline a décidé de l’« héberger » au 8, place Vendôme, des proches ont cru bon de s’inquiéter : « Tu es folle, elle va t’empêcher de respirer. » La cofondatrice de Baro Alto, Géraldine Brasier Porterie, a pourtant ouvert, elle aussi, ses portes en grand : « Eva, que je connais depuis longtemps, est quelqu’un d’adorable. Et ça me touche beaucoup de la voir travailler avec Caroline. » Réussir cette aventure familiale n’est pas donné à tout le monde. « Nous partageons autre chose que le traditionnel déjeuner du dimanche, c’est bien, non ? » concluent les deux Joly d’une même voix.
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