Camaïeu, Go Sport, Gap… le petit empire de Michel Ohayon risque-t-il de s'écrouler ? – Capital.fr

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Aux Galeries Lafayette de Belfort (90), une énorme benne à gravats rouge siglée Veolia stationne depuis plusieurs mois sur le parking. Installée en mai pour recueillir du matériel destiné à la décharge, elle s’y trouvait toujours début novembre, dans l’attente du paiement de la prestation. Dans les étages du grand magasin, ce sont les bouteilles d’eau minérale que Leclerc ne livre plus: «Les factures ne sont pas acquittées à temps», souligne une élue du magasin franc-comtois. Le groupe Galeries Lafayette, mauvais payeur? Vous n’y êtes pas. Voilà quatre ans que le grand magasin de Belfort – et une vingtaine d’autres – a été cédé à un homme d’affaires alors totalement inconnu dans la distribution et aujourd’hui placé sous les feux de la rampe: Michel Ohayon.
Depuis la mise en liquidation judiciaire de Camaïeu, le 27 septembre dernier, son relatif anonymat a volé en éclats, et son nom est désormais associé à la disparition de l’enseigne de mode, dont les 514 magasins ont fermé. Une faillite dans laquelle 2600 salariés ont perdu leur emploi. Or, c’est la Financière immobilière bordelaise (FIB), holding de Michel Ohayon, qui s’était vu confier la reprise de Camaïeu par le tribunal de commerce de Lille, en août 2020, et qui, en deux ans, n’a pas su redresser la barre. Outre le marasme sectoriel dans lequel évoluait l’entreprise de vêtements moyen de gamme, Camaïeu a subi une importante cyberattaque en 2021 qui a quasiment paralysé ses activités pendant quatre mois, et a été étranglée par des arriérés de loyers datant de la période du Covid, que ses dirigeants ont laissés courir, pariant sur l’effacement de la dette. L’arrêt de la Cour de cassation du 30 juin 2022 ayant rendu ces loyers exigibles, Camaïeu a dû se déclarer en cessation de paiement. Son ardoise se chiffrait à plus de 70 millions d’euros et rien n’avait été provisionné…
Sonnés, les salariés cherchent à comprendre comment on en est arrivé là. Les syndicats crient à la «faute de gestion». Devant le tribunal, le plan de continuation présenté par le groupe a paru particulièrement léger, comme le dénonçait Roland Lescure, le ministre délégué à l’Industrie, au lendemain de la sentence: «On a reçu un document d’une page envoyé par l’actionnaire actuel qui, en gros, demandait à l’Etat 48 millions d’euros de plus, contre un engagement de l’actionnaire de 5 millions.»
Il n’empêche. La triste fin de Camaïeu met le projecteur sur le petit empire construit par ce sexagénaire parti de rien. Né à Casablanca le 7 juillet 1961, Michel Ohayon arrive en France vers l’âge de 20 ans et s’installe à Bordeaux. Là, il démarre en ouvrant un magasin de mode sous franchise Daniel Hechter. Déjà angoissé par le paiement des loyers, l’entrepreneur décide de s’en affranchir en achetant les murs de sa boutique. Créée au soir de Noël 1994, sa Financière immobilière bordelaise se développe d’abord et surtout comme une foncière. Brique par brique, elle se construit un riche patrimoine, entre petits immeubles et locaux commerciaux. Fort de ces actifs, Michel Ohayon négocie le rachat du Grand Hôtel de Bordeaux, aujourd’hui exploité sous la marque InterContinental, et forge sa légende.
Rapidement, le territoire girondin devient trop étroit pour ses larges ambitions et il rachète deux autres prestigieux établissements: le Waldorf Astoria de Jérusalem et le Trianon Palace à Versailles. Celui à qui on ne connaît aucun diplôme devient l’incarnation du self-made-man. Cette réussite lui permet de négocier sa première prise de guerre dans le secteur du commerce: un lot de 22 magasins Galeries Lafayette de province, que leur propriétaire, la famille Moulin-Houzé, ne parvient pas à ramener à l’équilibre. Nous sommes en février 2018 et les salariés des magasins vendus, inquiets du risque de fermeture, trouvent en Michel Ohayon un repreneur providentiel.
Chemise bleu marine, veste noire, l’homme qui s’habille façon sportswear tranche avec le modèle costume-cravate en vogue chez leurs anciens propriétaires. Il n’en revêt pas moins les atours de la réussite. Classé 133e fortune française par le magazine «Challenges», il vit dans un hôtel particulier à Neuilly-sur-Seine, roule en voiture de luxe, notamment une magnifique Rolls-Royce Phantom. «Audace, courage, intelligence: c’est un entrepreneur au sens noble du terme», décrit son avocat Olivier Pardo.
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Aux élus qui le rencontrent dans le cadre du processus de cession, il demande qu’on l’appelle par son prénom et promet «un groupe à l’état d’esprit familial». L’un d’eux se rappelle combien le parcours de cet homme les a impressionnés: il racontait ses hôtels, ses vignes et son admiration pour un bateau au destin héroïque, «L’Hermione», dont la réplique vient de faire un passage sur les quais de la Garonne. C’est en hommage à cette frégate que le Bordelais d’adoption baptise du nom d’«Hermione Retail» l’entité juridique dans laquelle il range ses Galeries Lafayette.
La même année, Michel Ohayon prend part à la reprise de l’enseigne de jouets La Grande Récré, qui a été placée en procédure de sauvegarde. Les industriels du jouet sont enthousiastes: «On sauvait un de nos plus gros clients», se souvient Alain Ingberg, président de l’Association des créateurs-fabricants de jouets français. Dans la foulée, l’homme d’affaires présente un plan de reprise pour Camaïeu, qui s’avère le mieux-disant. «C’est un homme de province qui sait que, en province, les magasins doivent être plus que des distributeurs de produits, mais des lieux de lien social», écrit maître Olivier Pardo à l’occasion de cette reprise…
L’année suivante, son appétit se manifeste à nouveau: la FIB propose à l’américain Gap qui veut quitter l’Hexagone de récupérer ses magasins français en échange d’un contrat de licence de marque et à Rallye (holding du groupe Casino) de reprendre l’enseigne Go Sport, mal en point, pour 1 euro symbolique. Si les marques Toys « R » Us, Agatha, PicWicToys et une nouvelle salve de sept Galeries Lafayette lui échappent, l’insatiable foncière met encore la main sur les Cafés Legal en mars 2022. Elle réunit alors ses marques de grande consommation dans Hermione People & Brands (HPB).
Sur le papier, le projet est fort séduisant. L’homme d’affaires prévoit de remplir les stands inoccupés de ses Galeries Lafayette avec ses marques. Legal doit devenir un concurrent de la chaîne de cafés Starbucks. Dans un entretien aux «Echos» début juillet, le président de HPB présente Michel Ohayon comme le partenaire des maires: «Nous croyons au commerce physique. (…) Notre idée est de proposer aux villes d’occuper des espaces de 3.000 à 4.000 mètres carrés qui sont vacants», explique Wilhelm Hubner, le P-DG de HPB.
Mais le concept d’empilement de marques malades est un pari risqué. Si elles ne lui ont pas coûté cher à l’achat, ces enseignes nécessitent toutes de lourdes dépenses pour repartir du bon pied. «C’est très compliqué d’avoir un portefeuille de marques malades, ça représente des centaines de millions d’investissement», relève l’expert en distribution d’un cabinet de conseil en stratégie, selon lequel la méthode HPB s’apparente à celle du capital-risque: sur 10 enseignes, 1 ou 2 vont décoller et les autres mourir.
Mais le sort de Camaïeu a provoqué un choc et semé le doute sur la solidité du groupe. Dans ses filiales, les salariés s’inquiètent d’un possible effet domino. «Au début, nous étions assez enchantés d’appartenir à un plus petit groupe, mais plus le temps passe, plus on se demande qui est cet homme qui nous a rachetés», lance une élue de Belfort. «Je crains le pire pour les autres sociétés du groupe, je leur conseille l’extrême prudence», rajoute un élu de Camaïeu. Chez Go Sport, un droit d’alerte a été activé par le comité social et économique. Certes, la marque vient d’ouvrir deux belles adresses à Paris, dont un intéressant concept de salle de sport dans le quartier de la Madeleine, mais le projet de déménagement du magasin Go Sport de la périphérie de Belfort vers le deuxième étage des Galeries Lafayette de la ville a avorté et l’espace reste désespérément vide. A La Grande Récré, qui joue son année à Noël, la direction affiche son optimisme. «Décembre compte cinq samedis cette année, c’est une bonne configuration», espère le P-DG Jean-Michel Grunberg.
Face à l’inquiétude des salariés, l’entreprise tient un discours rassurant. «La direction d’Hermione People & Brands tient à préciser qu’elle entend la démarche des représentants du personnel de l’enseigne, quelques jours après la liquidation judiciaire de Camaïeu.» Le communiqué se termine par une mise en garde. «HPB se réserve le droit d’entamer les démarches et poursuites visant toutes déclarations, allégations et tous propos diffamatoires ou infondés visant à déstabiliser le Groupe.» Ces derniers temps, les procédures se multiplient, contre des journalistes, avocats ou élus, même si elles ne sont pas toujours menées à terme.
De leur côté, certains ex-Camaïeu estiment que leur actionnaire a des responsabilités. Fiodor Rilov, leur avocat, a lancé une procédure de référé devant le tribunal de commerce de Lille, pour obtenir des documents comptables. «Nous avons déjà repéré un certain nombre de situations anormales dans la gestion de Camaïeu, de décisions pour le moins suspectes», indique Fiodor Rilov. Malgré la plainte dont il fait l’objet, l’avocat des ex-salariés évoque «des honoraires de management versés par Camaïeu à la structure HPB qui n’a pas beaucoup brillé, c’est le moins qu’on puisse dire», ou «un trou dans les stocks de 25 millions d’euros», apparu dans les écritures en septembre 2021 et considéré comme «absolument vertigineux».
«Il y a un bashing contre mon client qui est totalement injustifié. Il a mis énormément d’argent dans Camaïeu, plus de 60 millions d’euros alors qu’il s’était engagé sur 20 millions, et on vient lui chercher des griefs? A ce compte-là, on ne trouvera plus jamais de volontaire à la reprise dans les secteurs difficiles», regrette maître Olivier Pardo. Probable que son client, au moins, ne s’y réessaiera pas de sitôt. En attendant, l’élue du magasin Galeries Lafayette continue de découvrir chaque matin cette benne rouge avec beaucoup d’inquiétude.
Avant la chute de Camaïeu, les enseignes de Michel Ohayon pesaient 1,4 milliard d’euros de chiffre d’affaires. Il lui reste aujourd’hui 554 points de vente pour 4.560 collaborateurs.
26 magasins en France (Tarbes, Pau, Lorient, Belfort, Bayonne…) repris au groupe Galeries Lafayette en deux temps : février 2018 et avril 2021.
Reprise à la barre du tribunal en février 2018, la marque est très dépendante des ventes réalisées durant le mois de décembre.
Pour se recentrer sur les Etats-Unis, l’américain a vendu ses 21 magasins à Michel Ohayon et lui a concédé une licence d’exploitation.
Les 133 magasins ont été repris pour 1 euro symbolique à Rallye (holding de Casino). Il y a urgence à relancer un réseau qui végétait.
C’est le petit dernier du groupe, acquis en mars 2022. Michel Ohayon veut faire de cette marque le Starbucks français. Tout simplement.
Ecrasé par ses dettes, l’ancien fleuron du textile français s’est retrouvé en faillite cet été. Résultat: 2600 emplois sacrifiés.
Dans les rues de cette ville proche de Bordeaux, le nom de Michel Ohayon résonne à plus d’un titre. Ici, en plus de la boutique Camaïeu désormais fermée, l’entrepreneur a repris les Galeries Lafayette locales et porte un projet d’urbanisation d’ampleur, sur la friche des anciennes casernes de gendarmerie. Sa foncière propose de faire du site «le plus grand complexe oenotouristique d’Europe», comme le relatait le journal «Sud Ouest» en 2021.
Le 11 octobre dernier, un administré interpellait Philippe Buisson, maire de Libourne, à ce sujet : «Pensez-vous qu’il est sérieux de continuer le projet des casernes avec Michel Ohayon, alors qu’il vient de mettre plusieurs centaines de salariés sur le carreau ?», interrogeait William, en direct sur Facebook. D’après l’édile, pas de quoi s’inquiéter : «Je ne fais pas de lien direct entre le P-DG de magasins de textile et la foncière à travers laquelle il a démontré sa capacité à bâtir», a répondu le maire. Fin octobre, Michel Ohayon était d’ailleurs à Libourne pour parler du projet, dont le permis devait être déposé début 2023.
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